Vous trouverez ci-dessous un texte de présentation de la "Clinique de Concertation". Des arguments théoriques plus élaborés sont disponibles à travers divers textes et articles.

La « Clinique de Concertation » inaugure un dispositif thérapeutique collectif encourageant les relations humaines les plus fiables (familiales, amicales, professionnelles, interprofessionnelles, institutionnelles, interinstitutionnelles et politiques). Ce dispositif est producteur de relations confidentielles justifiées et reconstructeur d’identités singulières. Il constitue une figure particulière du Travail Thérapeutique de Réseau, en mettant en présence des familles qui vivent des détresses multiples et sévères, des professionnels de l’aide, du soin, de l’éducation et du contrôle directement concernés, de tels professionnels potentiellement concernés et d’autres non directement concernés. Le dispositif est activé dans et par le débat contradictoire convoqué par des détresses multiples, il est à la recherche du juste ou, plus modestement, du moins injuste, dans les pratiques des collectifs territoriaux de professionnels de l’aide, du soin, de l’éducation et du contrôle. Il installe un « Laboratoire d’éthique communicationnelle appliquée» où s’inventent de nouvelles options pour les pratiques psychosociales parmi lesquelles les thérapies de réseau. Il s’agit d’y repérer comment s’articulent les conflits d’intérêts intrafamiliaux et les conflits de pouvoir, de compétence, voire de responsabilité entre professionnels et institutions, il s’agit ensuite de travailler au remembrement des uns en s’appuyant sur les autres. En d’autres mots, il s’agit de favoriser la construction de lieux et de modalités pratiques pour la « Concertation » entre les différents professionnels de l’aide, du soin, de l’éducation et du contrôle qui appartiennent aux différentes institutions publiques et privées. Ces pratiques pourront se développer en s’appuyant sur le travail de coordination territorial, sur une valorisation mutuelle des professionnels et des institutions à la recherche d’une plus grande efficacité dans les interventions de gestion et de prévention des détresses multiples.

Une telle pratique a cependant des conséquences importantes sur notre travail, sur nos professions de l’aide, du soin, de l’éducation et du contrôle. Elle nous oblige à changer notre conception de la demande et de la volonté, elle nous contraint à travailler dans les « Champs de Recouvrement » entre professions, associations, institutions et ministères, elle nous met à la recherche des « Ressources Résiduelles » avant d’entreprendre celle des déficits et des pathologies, elle nous force à reconsidérer la « Sélection des informations utiles », et la définition du système dans lequel nous sommes mis au travail, en équilibre entre coordination et concertation.

Parmi ces conséquences importantes, le développement des pratiques de relais et la valorisation des champs de recouvrements remettent en question les pratiques thérapeutiques qui imposent comme condition a priori la fermeture du cadre d’intervention. Une des originalités de la « Clinique de Concertation » est en effet son ouverture absolue à l’intrusion. Quiconque est intéressé par ce type de travail peut y participer, à condition de s’annoncer. C’est ainsi que l’agenda se révèle un outil incontournable du dispositif.

Une telle ouverture, aussi bien du côté de l’usager que du professionnel (chacun invitant les personnes dont il juge la présence utile) découle de la supposition que l’individu ne naît pas d’une fermeture imposée par les autres, mais plutôt de celle co-construite avec les autres. Les problèmes éthiques peuvent-ils en effet jamais être clôturés ? Cette ouverture, garantie par l’intrus, nous protège ainsi de toute fermeture de questions. De surcroît, cette ouverture ne concerne pas uniquement les pans professionnel ou familial. Elle concerne aussi le troisième élément de ce que nous appelons la « triade concertative » : les politiques. Leur donner également une part active à l’élaboration de ce travail permet de lutter contre la confiscation des problématiques sociales par le seul domaine psychologique. Les problématiques dont il est question dans le champ social, psychologique, ne peuvent être, selon nous, confisquées par les seuls professionnels.

Il suit de tout ceci que nous pouvons considérer les « Cliniques de Concertation » comme des lieux de recherche en psychothérapie. En effet, par le débat contradictoire qu’elle engage entre les divers participants, ce sont les pratiques, les convictions de tous, qui sont discutées, réfléchies. Les professionnels, s’ils sont obligés de se découvrir, d’exercer leur pratique devant d’autres professionnels, devant des usagers, pourront être questionnés sur celle-là. Dès lors, l’organisation du travail d’aide, de soin, d’éducation et de contrôle ne pourra plus être séparée du travail d’aide, de soin, d’éducation et de contrôle, puisque l’usager et ceux avec qui il vit en seront, d’emblée et immanquablement, une composante active et efficace.

Objectifs

·Répondre aux convocations des familles en situations de détresses multiples.
·Répondre aux demandes des professionnels et des politiques « déconcertés » par la fragmentation, parfois l’incohérence des interventions d’aide, de soin, d’éducation et de contrôle.
·Améliorer les situations de détresses multiples, par une pratique et une politique de « Travail thérapeutique en réseau », en partant des ressources humaines et relationnelles encore disponibles.
·Elargir les zones de « considération » réciproque entre les membres des familles, les professionnels et les institutions.
·Analyser la circulation des informations; distinguer et sélectionner l’information utile dans un débat contradictoire et productif.
·Créer une  « Clinique du relais » sur les territoires concernés, en utilisant les champs de recouvrement entre professionnels et entre institutions activés par les détresses multiples.
·Etablir les principes méthodologiques de la « Concertation Clinique » et de la « Clinique de  Concertation ».